lundi 9 juin 2025

Son odeur après la pluie

 Pétrichor


"Son odeur après la pluie" : je n'ai carrément pas aimé ce bouquin. Sa lecture fut laborieuse et pas très intéressante. Mais enfin, le titre est pas si mal, même si je voudrais connaître les parfaits imbéciles capables de me soutenir sans trembler des genoux qu'ils aiment l'odeur d'un chien mouillé, odeur unanimement décrite comme une puanteur objective.

Bon, pas grand chose à voir avec mon dernier petit texte, sinon la pluie.

Il y a bien longtemps, quelques années au moins, que je gardais dans mon carnet quelques bribes écrites un jour de pluie. J'avais un jour rendez-vous pour déjeuner avec Lidia et il pleuvait des torrents. J'avais eu toutes les peines du monde, avec des chaussures d'été (ça devait être en septembre) aux semelles particulièrement lisses, à rejoindre le restaurant. Elle arriva en tenant les deux pans d'une capuche un peu dérisoire. Je lui avais apporté un parapluie rouge acheté quelques instants plus tôt, et elle arrivait sous la pluie, vêtue de rouge et sans parapluie. Belle intuition !

Après le déjeuner, j'avais griffonné quelques idées et collé le tout dans un cahier ; je reportais ses notes de pages en pages au fil de la vie du carnet.

En novembre dernier, au salon des maires, deux heures à tuer et une pluie battante. J'avais rédigé deux quatrains très insatisfaisants, mais il y avait une idée : la rivière de la foule sous la pluie et l'image des "gens en pardessus" doublée de celle de "reprendre le dessus" sur le flot des piétons sous parapluie.

Bref, ça ne me plaisait pas trop, et en mai de cette année, j'ai décidé de reprendre tout le poème. En arrangeant l'initial, j'obtiens assez vite la première strophe que je finalisai au restau avec Laure.

La seconde strophe vint 2 semaines plus tard, et c'est Marianne qui me suggéra "asphalte" qui va très bien !

Bon, c'est un petit texte mais très dense ! Je me suis amusé à créer une allitération en SS : je voulais rendre le son des voitures qui passent dans une rue mouillée. Je trouve que c'est assez réussi, et que la force poétique est très concentrée. J'ai mis ce poème dans une hypothétique version bis ou + du Cénotaphe format papier, et j'ai assez rapidement trouvé une illustration tout à fait pertinente.

Dans le première strophe, "vus d'en haut" "pardessus" et "dessus" se répondent assez bien je crois !

Pour le titre, c'était assez évident ! Il existe un mot pour décrire l'odeur qui monte de la terre qui vient d'être arrosée par la pluie.






lundi 1 juillet 2024

Une brève éternité

 Poème de poche

De plus en plus, j'écris court : j'essaie de faire bref pour plein de raisons. D'abord, les longs poèmes me donnent l'impression de me répéter. Ensuite, je dois admettre que je suis de plus en plus rarement dans la situation de pouvoir raconter une longue expérience sensorielle. De plus, même si je conserve l'alexandrin, je fais la chasse aux adjectifs, aux descriptions. Ensuite encore, je développe une approche presque "marketing". Je m'aperçois que les textes les plus brefs sont, évidemment, les plus retenus, les plus connus, les plus faciles à mémoriser. Or, je veux arriver à ce qu'on me lise, qu'on me récite, qu'on se souvienne de quelques vers que j'écrivis. Je vise clairement une petite renommée, et je crois qu'il vaut mieux dix poèmes d'un quatrain chacun, qu'un seul de 10 quatrains impossibles à mémoriser par quiconque.


Ici, je suis parti, comme c'est de plus en plus le cas, d'un vers qui tournait en boucle dans ma caboche. Pas vraiment un truc vécu sinon des souvenirs de plénitude absolue : des siestes, assoupi dans une torpeur semi-consciente, bercé par des courants d'air frais et doux qu'annonçaient des bruissements de feuilles dans les arbres. J'en ai un souvenir très net, notamment, en Touraine voici bien une dizaine d'années (à moins que ce ne fut en Normandie voici 6 ans ? Je ne crois pas... Super "net", le souvenir !😑).

Bref, moment de plénitude parfaite où le temps s'étire et où, paradoxalement, on reste un peu conscient du repos que l'on prend. Car, si dormir est une activité douce, elle est malheureusement sans profit sensoriel. On dort, voilà tout ; les rêves, parfois, créent des choses intéressantes, mais garder un peu d'esprit pour goûter le repos qu'on prend, sans autre pensée que celle d'avoir conscience de tout ce qui est parfait et réconfortant autour de soi, ce n'est pas souvent donné !

Je voulais donc écrire quelque chose sur cela. J'avais d'abord, et je me souviens que c'était lors d'un CA du collège où je siège comme "personnalité qualifiée" (PQ, quoi !😒), j'avais d'abord, disais-je, écris une strophe complète sur cette rime en "ac", mais ça ne me plaisait pas. Il y avait des choses intéressantes, des "dilettante" et des "somnambule immobile" mais trop d'adjectifs et l'impression d'avoir déjà écrit des trucs de ce genre.



Dans cette strophe, je tenais à l'idée du sumac pour deux raisons : celui de la maison ayant été arraché pour la piscine, même si je n'aimais pas cet arbre il déployait quand même une ombre très opportune ; et puis surtout, je trouvais malin d'introduire une sieste et le mot "sumac" en m'interdisant catégoriquement de le faire rimer avec "hamac", qui est la rime la plus "naturelle". Je me disais aussi que, dans le cas où ce poème resterait à la postérité, tous ceux qui s'y réfèreraient se tromperaient de bonne foi en cherchant à y intégrer un "hamac". Donc, pas de hamac pour rimer avec sumac.

Ceci faisant, je résolus de virer les deux vers en "ante" pour ne garder que la rime en "ac". Un distique, donc, et ses suivants, que je voulais peu nombreux. Le second a été construit sur le même modèle que le premier : introduction avec "je veux" + verbe en ir + "encore" ; même construction syntaxique pour la suite, le second vers étant COD du verbe en "ir". Et choix d'une rime "pas facile", "ac" en premier, "ise" ensuite.

J'ai fait rimer "sumac" et "ressac" ; pour éviter le "hamac" !

C'est lors d'un autre CA du collège que j'ai retravaillé tout ça ; le troisième distique ne m'emballe pas : les rimes sont des adjectifs... Même si sur le moment je trouvais les images assez chouettes, permettant insensiblement de glisser du sommeil à la mort. Il y a dans ces deux vers une allitération en "z" qui est tout à fait volontaire ; en lisant avec les liaisons, ces deux vers sont presque un long "zzzz" que j'ai voulu évidemment en lien avec l'endormissement. Pour le coup, c'est calculé !

Le dernier distique est un petit modèle de ce que j'écris de plus en plus en ce moment : rien de vraiment lyrique dans les mots ; mais une construction poétique très assumée, avec des répétitions à gogo qui donnent un "effet recherché". Je suppose que c'est ainsi : rien ne sert, probablement, d'essayer de décrire des images à des gens ; autant les laisser les imaginer dans le rythme et l'agencement des mots ; moi, ça me désespère un peu, mais après tout, ça me demande moins d'efforts.

Pas mal de sonorités dans ce poème ! J'ai mis "chahut" pour faire bisquer (sic) les marins ; pas plus de "hamac" que de "chalut" ! 😜

Cinq fois le mot "encore" en huit ligne. On ne peut pas dire que je fasse dans le compliqué.

Pour le titre, je me suis décidé : "Poème de poche" me semble aller très bien, mais quelque chose avec "encore" serait-t-il mieux... ? Bof...




jeudi 28 septembre 2023

Bohème convenue

 Admettons que l'évocation d'une "bohème", c'est à dire d'une sorte de vie dérivante sans code et sans barrière soit une sorte de passage obligé pour qui se dit un peu poète... Soit !

Sauf que je n'aime pas beaucoup, en général, ces poèmes ou ces chansons qui glorifient l'inconséquence, la désinvolture et la misère comme autant de couvertures à une vie trépidante d'artiste sans le sou.

C'est un peu comme les dreadlocks ou les cheveux bleus chez les intermittents de la culture. Une sorte de passage obligé mais qui n'est pas gage ni de talent ni de réussite. Il ne suffit pas de gribouiller des merdes ou de griffonner n'importe quoi sous un toit dont on ne paie pas le loyer pour être Baudelaire ou Van Gogh...

Comme souvent chez les artistes actuels, le contenant fait office de contenu.

Bon, je me suis laissé aller à une description de cette bohème poétique, faite d'intimité exhibée et de frugalité assumée.

Le résultat ne me déplait pas et il y a des choses bonnes, comme ce "Tout reste d'elle ici : un creux dans notre lit" qui est une belle image.

Disons simplement que tout ca manque de sincérité...


Février 2025

J'ai réécrit et réarrangé ce poème qui ne me plaisait pas beaucoup. J'ai fait cet exercice nécessaire à la mi-octobre 2024.

Chaque strophe a subi une petite modification, et je trouve l'ensemble mieux équilibré, plus fluide.
Le vers "Le murmure de sa voix lové dans mes tympan" est plutôt évocateur, mais compte 13 pieds métriquement parlant.
Disons que cette version est meilleure, quoique pas époustouflante.
Le texte initial n'était pas terrible, il ne fallait pas s'attendre à une transfiguration miraculeuse.


vendredi 25 novembre 2022

Chambre avec vue

Ma dernière création, datée du 20 novembre 2022. Période vraiment compliquée où, depuis le 12 octobre, j'ai enchaîné les vraies déconvenues de santé.

Je suis resté plusieurs semaines à l'hôpital et notamment plusieurs jours début novembre dans une état second, ne percevant qu'une réalité altérée : pas d'hallucination, mais une sorte d'état décalé, les sens ne fonctionnant qu'avec une sorte d'effet retard.

Laure est venue plusieurs fois me voir dans les différentes chambres d'hôpital que j'occupais et plusieurs fois je me suis retrouvé après son départ à mélanger ses visites : quel jour était-elle venue ? Matin ? Soir ? Pas de visite autorisée le matin, donc réellement, je mélangeais le déroulé des journées...

Bref, ses attentions pour moi arrivaient parfois dans un complet désarroi sensoriel.

Et puis, je me suis mis à fantasmer sur une visite inattendue. Je me souvenais de cette scène d'un érotisme intenable dans "Fenêtre sur Cour", au début, où Grace Kelly vient réveiller James Stewart par un baiser* dans la pénombre. L'homme à peine réveillé semble croire à une sorte de mirage. Sur les images, on distingue d'abord l'ombre de Liza sur le visage de Jeff. Cette présence n'est qu'une silhouette.

Et moi, j'étais parfois tellement dans le coltard, qu'aucun baiser ne m'aurait tiré des limbes. Ainsi me vint l'idée de ce poème que je voulais bref, introduit par un vers hexasyllabe.

Les premières rimes me sont venues précisément le 4 novembre à 9h50 et faute de papier, pour ne pas les perdre, je les ai enregistrées sur mon téléphone. Essentiellement la première strophe et une moitié de la deuxième.

Les autres ont été créées sur papier le dimanche 20 novembre, la veille de mon départ de la clinique des Rosiers où je n'aurais jamais dû mettre les pieds.

Je voulais donc introduire chaque rime par un hexasyllabe décorrélé de la rime générale. Bien plus, je voulais que ces introductions puissent être autonomes à double titre : d'abord des phases complètes n'ayant pas besoin d'un autre hémistiche. Des sortes d'assertions, de certitudes avant l'évocation des perceptions dont on ne saurait pas si elles avaient une réalité tangible ou pas.

En second lieu, je voulais les présenter en gras, chacune, pour créer une sort de second poème dans le poème : 

"Elle est venue me voir
J'ai deviné son ombre.
J'en ai la certitude.
Elle m'a laissé dormir.
Je ne perçois plus rien."

Ç'aurait marché, pour le coup, s'il y avait eu des éléments de rime entre ces 6 phrases, mais comme ce n'était pas le cas, les modifier aurait fait prendre le risque de retomber sur les mêmes rimes que dans les vers, et alors, on appauvrissait l'ensemble.

Contrairement à beaucoup de mes textes, pas vraiment de phrase ou d'image choc, à part peut-être "Le bruit des pas s'éloigne, happé par le couloir" qui est une image bien rendue. Le reste est assez simple ; j'utilise avec modération les adjectifs et le poème ne souffre pas de complications métriques avec des inversions sujet/verbe auxquelles certains recourent quand ça ne tient pas debout.

Deux petites entorses : en termes de métrique pure, j'avais initialement écrit vers 9, "son décolleté sage" ; si on respecte la bonne diction, on a six pieds : "son-dé-col-le-té-sage"

Oui, mais qui prononce de "e" muet infernal de nos jours ? J'avais toutes les chances qu'à la lecture, l'élision de ce "e" ne déséquilibrât l'alexandrin. Aussi opté-je pour "son-dé-col'-té-trop-sage", sacrifiant la pure métrique à la facilité de lecture et de déclamation.

A peu près pareil pour l'entame suivante : "Elle m'a laissé dormir" fait 7 pieds et non 6 et le verbe laisser est repris du vers précédent ; tant pis, j'attends les procès !

Je suis heureux d'avoir renoué avec l'écriture, que je trouve plus dépouillée, plus franche, plus courte, plus directe.

J'espère que ça va revenir encore !

J'ai intégré le texte à une éventuelle version augmentée et mise à jour du "Cénotaphe".




lundi 21 décembre 2020

Maman

 En voilà un dont je me serais passé. Maman est morte l'autre dimanche vers midi trente. Temps froid et immobile de décembre et tandis que le soleil mettait un peu de doré dans le paysage, je me suis aperçu crument que je ne verrai plus ma mère. Tout le panorama prenait gentiment des couleurs bizarres : on se serait cru le matin alors que le jour vivait ses derniers feux. Une image m'a frappé : "dans le petit matin du premier jour sans elle".
Pendant deux jours, je suis resté sur cette idée simple dont je pensais qu'elle pourrait être une sorte de répétition dans un texte hommage. Sur le chemin du retour d'Auxerre, mardi soir, j'ai sangloté comme un enfant en évoquant cette image ; je savais qu'il serait compliqué de dire ou lire ces phrases sans perdre pied.
Une bonne partie de la journée du mercredi, je tentai de mettre en peu d'ordre dans quelques idées. Dans la nuit de mardi à mercredi, notamment, je trouvai l'idée d'en appeler à cette phrase superbe "Éli ! Éli ! Lama sabachtani ?" qui sont comme chacun sait les derniers mots prononcés (en hébreux ou en araméen ?) sur la croix par le Christ : "Mon dieu ! Mon dieu ! Pourquoi m'as-tu abandonné ?"
Non  que je m'identifie à un quelconque rite sacrificiel, mais parce que cette idée d'un enfant qui se croit abandonné allait très bien avec ce que je voulais donner comme impression.
Le reste fut un peu laborieux, et, comme souvent, se décoinça d'un coup. Je parvins à composer 3 strophes un peu avant que mon frère et ma sœur n'arrivent à la maison pour que nous fassions le texte de "présentation de la défunte" qui devait être lu aux obsèques le lendemain. J'avais prévu de leur lire le texte, mais l'occasion ne s'est pas présentée, si bien que tout le monde en eut la surprise au moment des obsèques.
Grosse impression ; j'ai aperçu de vrais éclats de larmes dans l'assistance et beaucoup m'ont fait compliment de ce petit poème.
Techniquement, il souffre de défauts, notamment métriques.
Mais il est le bon reflet de ma vraie détresse au moment de la mort de ma mère.


jeudi 2 janvier 2020

Didascalie

Curieux de voir comme certains mots sont si laids qu'ils en deviennent hostiles : didascalie. Autrement dit, les indications scéniques d'un auteur de théâtre qui aident à la mise en scène. Est-il mot plus vilain et plus tordu pour dire si simple ?
Bon, comme je déteste autant trouver des titres, il me semblait qu'utiliser un mot moche pour une tâche aussi creuse irait aussi bien à l'un qu'à l'autre.

Depuis des semaines, je suis obsédé par cette image : une âme en peine, la nuit, insomniaque et fébrile ; triste, évidemment. Et personne sous sa fenêtre ? Ou plutôt quelqu'un d'inopportun ?
L'idée d'une âme perdue n'espérant plus rien ni personne ; et comme par dérision, un autre âme seule, s'imaginant sous sa fenêtre des histoires improbables. Une connexion qui me semblait forte, même surnaturelle... et vouée à l'échec. Plus qu'une tragédie grecque où tout est verrouillé : la certitude que l'autre ne peut rien à la tristesse de l'une.
Didascalie, comme si tout était absolument écrit d'avance, comme il devient évident que les personnages sont toujours prisonniers de l'idée que s'en fait leur auteur. Et l'idée aussi, qu'au-delà de ces moments tristes et seuls, seuls vrais et profonds, le reste n'est que la comédie des jours qui s'enchaînent. Thème assez classique mais que je n'avais jamais abordé : quelle est la part de vrai et de représentation dans nos actions quotidiennes ? A quel moment joue-t-on un rôle ?
J'ai choisi de continuer à évoquer cette idée de représentation y compris dans la description de moments seuls et intimes, a priori débarrassés de leur contingence sociale ; non pour dire que tout est faux et surjoué, y compris les moments de sincérité, mais pour le quiproquo. Pour insister sur cette totale et complète incompréhension entre les acteurs/auteurs de cette romance de trottoir. L'une est dans ses moments de complète solitude, l'autre est aussi seul, mais comment ne pas voir une scène où chacun tient sa place ? Lui voudrait exister pour elle ; elle ne le sait même pas présent. Qui est le personnage de qui ? Ah ! L'incommunicabilité, voilà tout ! Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, on n'est jamais certain d'être reçu, perçu, compris, entendu pour ce qu'on est. Tout interprète tout ; tout est théâtre et quiproquo.

Techniquement, me remettre aux alexandrins fut bien compliqué ; je me bats contre moi-même dans cette affaire ; je refuse d'y revenir et je dois admettre pourtant qu'ils sont la seule musique qui me coule dans le coeur.
Je voulais convoquer Cyrano et Roméo ; naturellement, sous une fenêtre, à qui d'autre penser ? Il y avait aussi Figaro, mais l'aspect comique du personnage se prêtait mal à l'atmosphère.
Je voulais aussi un poème court ; 4 strophes max et finalement, trois sont suffisantes. Je me suis entêté à mêler le champ lexical du theâtre. Je n'aime pas le théâtre : j'en ai pratiqué trop et de trop près pour lui trouver du charme. 





jeudi 9 août 2018

mercredi 1 août 2018