lundi 1 juillet 2024

Une brève éternité

 Poème de poche

De plus en plus, j'écris court : j'essaie de faire bref pour plein de raisons. D'abord, les longs poèmes me donnent l'impression de me répéter. Ensuite, je dois admettre que je suis de plus en plus rarement dans la situation de pouvoir raconter une longue expérience sensorielle. De plus, même si je conserve l'alexandrin, je fais la chasse aux adjectifs, aux descriptions. Ensuite encore, je développe une approche presque "marketing". Je m'aperçois que les textes les plus brefs sont, évidemment, les plus retenus, les plus connus, les plus faciles à mémoriser. Or, je veux arriver à ce qu'on me lise, qu'on me récite, qu'on se souvienne de quelques vers que j'écrivis. Je vise clairement une petite renommée, et je crois qu'il vaut mieux dix poèmes d'un quatrain chacun, qu'un seul de 10 quatrains impossibles à mémoriser par quiconque.


Ici, je suis parti, comme c'est de plus en plus le cas, d'un vers qui tournait en boucle dans ma caboche. Pas vraiment un truc vécu sinon des souvenirs de plénitude absolue : des siestes, assoupi dans une torpeur semi-consciente, bercé par des courants d'air frais et doux qu'annonçaient des bruissements de feuilles dans les arbres. J'en ai un souvenir très net, notamment, en Touraine voici bien une dizaine d'années (à moins que ce ne fut en Normandie voici 6 ans ? Je ne crois pas... Super "net", le souvenir !😑).

Bref, moment de plénitude parfaite où le temps s'étire et où, paradoxalement, on reste un peu conscient du repos que l'on prend. Car, si dormir est une activité douce, elle est malheureusement sans profit sensoriel. On dort, voilà tout ; les rêves, parfois, créent des choses intéressantes, mais garder un peu d'esprit pour goûter le repos qu'on prend, sans autre pensée que celle d'avoir conscience de tout ce qui est parfait et réconfortant autour de soi, ce n'est pas souvent donné !

Je voulais donc écrire quelque chose sur cela. J'avais d'abord, et je me souviens que c'était lors d'un CA du collège où je siège comme "personnalité qualifiée" (PQ, quoi !😒), j'avais d'abord, disais-je, écris une strophe complète sur cette rime en "ac", mais ça ne me plaisait pas. Il y avait des choses intéressantes, des "dilettante" et des "somnambule immobile" mais trop d'adjectifs et l'impression d'avoir déjà écrit des trucs de ce genre.



Dans cette strophe, je tenais à l'idée du sumac pour deux raisons : celui de la maison ayant été arraché pour la piscine, même si je n'aimais pas cet arbre il déployait quand même une ombre très opportune ; et puis surtout, je trouvais malin d'introduire une sieste et le mot "sumac" en m'interdisant catégoriquement de le faire rimer avec "hamac", qui est la rime la plus "naturelle". Je me disais aussi que, dans le cas où ce poème resterait à la postérité, tous ceux qui s'y réfèreraient se tromperaient de bonne foi en cherchant à y intégrer un "hamac". Donc, pas de hamac pour rimer avec sumac.

Ceci faisant, je résolus de virer les deux vers en "ante" pour ne garder que la rime en "ac". Un distique, donc, et ses suivants, que je voulais peu nombreux. Le second a été construit sur le même modèle que le premier : introduction avec "je veux" + verbe en ir + "encore" ; même construction syntaxique pour la suite, le second vers étant COD du verbe en "ir". Et choix d'une rime "pas facile", "ac" en premier, "ise" ensuite.

J'ai fait rimer "sumac" et "ressac" ; pour éviter le "hamac" !

C'est lors d'un autre CA du collège que j'ai retravaillé tout ça ; le troisième distique ne m'emballe pas : les rimes sont des adjectifs... Même si sur le moment je trouvais les images assez chouettes, permettant insensiblement de glisser du sommeil à la mort. Il y a dans ces deux vers une allitération en "z" qui est tout à fait volontaire ; en lisant avec les liaisons, ces deux vers sont presque un long "zzzz" que j'ai voulu évidemment en lien avec l'endormissement. Pour le coup, c'est calculé !

Le dernier distique est un petit modèle de ce que j'écris de plus en plus en ce moment : rien de vraiment lyrique dans les mots ; mais une construction poétique très assumée, avec des répétitions à gogo qui donnent un "effet recherché". Je suppose que c'est ainsi : rien ne sert, probablement, d'essayer de décrire des images à des gens ; autant les laisser les imaginer dans le rythme et l'agencement des mots ; moi, ça me désespère un peu, mais après tout, ça me demande moins d'efforts.

Pas mal de sonorités dans ce poème ! J'ai mis "chahut" pour faire bisquer (sic) les marins ; pas plus de "hamac" que de "chalut" ! 😜

Cinq fois le mot "encore" en huit ligne. On ne peut pas dire que je fasse dans le compliqué.

Pour le titre, je me suis décidé : "Poème de poche" me semble aller très bien, mais quelque chose avec "encore" serait-t-il mieux... ? Bof...